Les vendredis intellos : choisir d’élever son enfant sans dévoiler son sexe.

Cette semaine ma participation aux Vendredis Intellos reprend un article que j’ai lu dans Grazia GB  en octobre dernier. L’article signé Amy Molloy, traitait des parents du petit Charlie qui refusent de dévoiler le sexe de leur enfant. En anglais on appelle ça « gender neutral » c’est à dire « sexe neutre ».  A l’époque ça m’a vraiment interpelé.

La théorie du Dr. Cordelia Fine, dans son livre « Delusions of Gender » est qu’il n’y a pas de liens entre les différences de sexes inhérentes à la société et la biologie. La maman de Charlie pense qu’il n y a pas de
- « preuves concrètes que le cerveau de l’homme et de la femme soient connectés différemment selon leur sexe »
- « no convincing evidence that male and female brains are hard-wired according to gender.»

Elle a donc décidé de tester cette théorie sur son enfant. Charlie porte des vêtements et joue avec des jouets de filles comme de garçons. Quand on lui demande le sexe de Charlie, sa maman répond qu’elle préfère ne  pas le dire. Seules quelques personnes sont dans le secret. Interrogée sur les réactions que la situation engendrait, elle a défendu son choix ainsi:
- « Les esprits critiques pensent qu’il s’agit d’une forme d’abus – que Charlie va être désorienté et développer des troubles de l’identité  –  mais pour moi, c’est extrêmement libérateur. Imaginez être maitre de votre sexe, avoir des options illimitées au niveau sexuel, éducatif  ou émotionnel et d’être fidèle à la personne que vous devez être au lieu d’être limité par les attentes de la société. »
- « Critics say it’s a form of child abuse – that Charlie will grow up confused and lacking identity – but to me, it is incredibly liberating. Imagine being the master of your own gender, having limitless sexual, educational and emotional options to be who you are meant to be, rather than be restricted by social expectations. »

Vaste sujet n’est-ce pas?  Je suis une toute nouvelle maman d’un petit de 7 semaines et je conçois qu’élever ses enfants est toujours plus ou moins une expérimentation. On essaie tous d’élever nos enfants en accord avec nos valeurs profondes et on fait parfois des erreurs. La famille de Charlie tente de s’élever contre tout constructivisme social. La société et la culture dans laquelle nous vivons agissent comme des révélateurs. Par exemple, pourquoi le rose est une couleur de fille ? Ou pourquoi dit-on couramment que les hommes s’intéressent plus au sexe que les femmes ?
- Peut-être parcequ’historiquement parlant, il y avait moins de conséquences pour les hommes que pour les femmes
- Peut-être y a-t il une raison hormonale etc…

Etudier l’origine, la construction des choses requière de regarder au delà de nos propres convictions. Le fait de penser qu’il existe un « sexe naturel » est une opinion sujette à débat, comme toute  chose.Bien que je conçoive que la théorie derrière cette expérience puisse être intéressante, l’expérimenter sur un enfant me semble plus que discutable. Les risques potentiels sur le petit Charlie me paraissent énormes,  même si ses parents ont dit qu’ils arrêteraient l’expérience dès que Charlie en exprimera le besoin. Mon opinion est qu’il sera sans doute trop tard, un enfant ne pouvant pas toujours mettre de mots sur ses maux. Et vous, qu’en pensez-vous ?

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Annexes: 
Bon déjà c’est quoi les vendredis intellos ? C’est l’occasion pour toutes les « yummy mummies » de se remuer les méninges.  Mme Déjantée a eut cette bonne idée après avoir quitté les bancs de la fac (où elle faisait de la recherche) pour être maman à plein temps et oui bizarrement… les bouquins et étagères poussiéreuses de la BU ça peut manquer. Si, si je vous jure ça m’a fait la même chose !  Pour toutes les règles, cliquez ici

19 Responses to Les vendredis intellos : choisir d’élever son enfant sans dévoiler son sexe.

  1. Pingback: Retour sur… la naissance (et la reproduction) des stéréotypes et comportements sexistes [GUEST] « Les Vendredis Intellos

  2. Coucou! Je découvre ton blog et je trouve ce sujet très intéressant. Bien qu’habitant aussi en Angleterre, c’est la première fois que j’en entends parler. J’avoue que je suis assez curieuse quant au « résultat » de l’expérience mais j’ai très peur pour l’avenir du petit Charlie, qui n’avait rien demandé…

    • Voui j’ai découvert ça dans grazia – grand journal de reportage devant l’éternel ;-) Apparemment, il y a quelques familles en Suède et au Canada qui mènent la même expérience. Franchement, à moins d’avoir un enfant hermaphrodite – ce qui doit être très difficile à gérer – je trouve ça plutôt risqué…
      PS : ton blog est très sympa aussi ! J’aime bien suivre les expatriés comme moi ;-)

  3. Pingback: Le jouet est-il un frein à la créativité de l’enfant? « Les Vendredis Intellos

  4. J’avoue que je suis perplexe. Ca ne me semble pas très sain comme expérience, un enfant doit aussi se construire sur des bases précises. Même si sur le principe, je trouve ça bien de casser les codes ou de laisser les choix à l’enfant…
    Bref je suis partagée

    • Disons qu’il faut une sacrée conviction pour tester cette théorie sur son propre enfant… Je ne pense pas que notre société permette ce genre d’experience (genre: les toilettes homme/femmes, les joies de l’administration…) et si du coup il faut isoler son gamin pour qu’il puisse choisir comment développer son identité sexuelle, ben c’est super galere et pour moi, c’est dangereux pour l’épanouissement du petit bout. Apres… la vie est faite de choix!

  5. Merci de ta contribution!!!!
    Je n’ai guère de choses à rajouter pour l’instant par rapport à vos commentaires (faut que je me remette au niveau sur les théories du genre!!! ;))
    Sinon que cela m’a irrémédiablement fait penser à Khalil Gibran..

    « Vos enfants ne sont pas vos enfants.
    Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même.
    Ils viennent à travers vous mais non de vous.
    Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.

    Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
    Car ils ont leurs propres pensées.
    Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
    Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
    Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous. »

    Allez, à lundi pour le débriefing!!

  6. J’avais entendu parler de cette histoire. Je ne sais pas trop quoi en penser, franchement je trouve que c’est un peu bizarre, en tant que parent de choisir d’élever un enfant comme ça… Et oui, faire cette experience sur un enfant ne me semble pas très conseillé…

    Après on peut vouloir éviter que l’enfant rentre dans les stéréotypes de son sexe, d’ailleurs quand on me dit que de mes jumeaux, mon fil sera celui qui ira chasser avec son père, je m’amuse à répondre que ce sera ma fille qui ira chasser^^

  7. Cette « expérience » aura ses limites bien vite, genre quand Charlie ira faire pipi avec ses copains de classe dans les toilettes de l’école.
    Très vite les enfants se différencient entre eux et ils savent très bien repérer une fille d’un garçon.
    Vers 5 ans, les enfants perdent leurs traits de bébé et il est plus facile de voir si c’est une fille ou un garçon.
    Puis les parents connaissent le sexe de l’enfant donc sans s’en rendre compte, ils peuvent avoir un comportement différent.
    Ici mon fils joue avec les Barbies de sa soeur comme il joue aux beyblades! Et ma fille adore les jeux de garçons pourtant elle adore aussi jouer à la maman.
    Ma fille a grandi avec un grand frère mais elle a été naturellement vers des trucs de fille sans qu’on ne l’incite.
    Pour tout dire, elle a commencé sa vie avec les pyjamas bleus à camion de son frère parce que mon homme voulait limiter les dépenses ;)

    Par contre, même de la dentelle à son fils ou une robe, hors de question ! :-D

    • Oui… je crois que certains parents suivant les préceptes de l’éducation «gendar neutral» poussent le bouchon jusqu’à privilégier la solution école à la maison pour prolonger l’expérience autant que possible… Ça me parait dingue et puis ca ne prépare pas à la « vraie vie » !
      Et puis : un petit garçon qui joue à la dinette aime peut-être tout simplement la cuisine… Pas de quoi en faire tout un fromage ;-)

  8. C’est intéressant, justement, on se demandait si le fait que notre petit garçon adore jouer aux voitures et notre fille adore tout ce qui a trait à la coquetterie était inhérent à leur masculinité ou féminité « biogique » ou est-ce que c’était dû au fait qu’inconsciemment, on jouait plus aux voitures avec le garçon qu’avec la fille (qui est l’aînée et à qui on avait aussi offert un garage, mais qui n’y a pas trop joué…)

  9. Mon neveu a des jeux de garçon et de fille (quand sa soeur est née il a demandé une poupée, pour faire comme maman). Mais il a toujours eu bien plus d’attirance pour les jeux qu’on appelle communément « de garçon » : son premier mot a été « ballon », le deuxième « voiture » et le troisième « tracteur »! Papa et maman sont venus bien après…
    Je suis d’accord : Un enfant n’est pas une expérience de laboratoire! Je pense qu’il faut laisser beaucoup de choix à l’enfant et qu’il fera ses propres expériences.

    • C’est vrai et puis c’est tout ce qu’on peut faire – la methode Charlie etant un peu extreme – quoiqu’il soit parfois difficile de ne pas se prendre les pieds dans le tapis et de sortir à ses enfants quelques clichés sexistes (genre vanille pour les filles, le chocolat pour les gars ou encore l’histoire du bleu et rose) … C’est le genre de choses qu’on croit ne pas faire… jusqu’à ce qu’on soit parents !!!

  10. auberginedivine

    Je suis plutôt d’accord avec toi. Un enfant n’est pas une expérience de laboratoire et quand bien même si plus tard ça n’aura aucun impact sur sa vie personnelle, professionnelle ou autre je trouve ça dangereux de « tester » et de voir ce que ça donnera plus tard.
    Je ne suis pas forcément en adéquation avec les différences qu’apportent la culture ou la vie sociale entre un homme et une femme (c’est stupide d’attribuer une couleur à un sexe par exemple). Je pense, cependant, que nous avons des différences naturelles ou originelles et nous ne pouvons dans ce cas être identiques en tous points (hommes et femme je parle) ou alors plutôt (c’est le cas ici) de nier cette différence fondamentale qui fait que nous sommes soit un homme ou soit une femme.
    Vaste question et sujet soulevé ici !

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